Le gang des 5

14 mars:   Sylvie: « Aujourd’hui nous avions un co-voiturage dont la maison de Sophie était le point de RV.  C’était deux jours après l’arrivée chez elle de ceux qu’elle a baptisés, Le Gang des 5, chow chows dont nous ne savions même pas s’ils étaient mâles ou femelles, incapables d’apercevoir la moindre différence entre eux dans la gangue de crasse qui les recouvrait tous uniformément.

J’ai moi même hébergé des chows extrêmement sales et nauséabonds, qui m’avaient obligée à faire le voyage fenêtre de voiture ouverte. Je pense par exemple à Hortense….. Mais j’ai hébergé UN chow de ce genre à la fois, et jamais cela n’a été un jeune chien plein de vie; Sophie accueille CINQ chows dans un état de saleté qui défie l’imagination et ils ont tous la fougue de la jeunesse alliée à un manque total d’éducation. Et comment pourrait-il en être autrement alors que quatre d’entr’eux  n’ont connu qu’un balcon comme lieu de vie, balcon où ils ont dormi, joué, déféqué durant 18 mois et même plus pour le papa….

Lorsque je suis arrivée chez Sophie ce samedi, son espace de vie offrait un spectacle de désolation… L’odeur prégnante est difficile à respirer malgré les baies vitrées ouvertes. Odeur de chien mouillé, de terre, d’excréments, d’urine… Sans éducation les loulous montent sur les canapés, virent les protections de fortune, grattent le cuir, se frottent avec délectation sur les tissus, posent les pattes sur les tables, jouent avec les coussins, courent au jardin, rentrent en jouant pour ressortir aussitôt et recommencer, marquant au passage leur territoire, enthousiastes de découvrir de nouvel espace, les jouets,  la nourriture à volonté qui les attend dans les gamelles disposées partout, et peut être tout simplement l’eau propre. Car même l’eau propre est un luxe pour eux qui la première nuit n’ont pas hésité à boire l’eau savonneuse du seau destiné au nettoyage d’urgence du sol…

Alors bien sûr ils changeront, ils changent déjà, il y a moins de pipis de marquage, moins de bêtises, les personnalités de chacun se font jour et oui, quelque part c’est un bonheur pour Sophie de contribuer à leur permettre de continuer leur vie dans des conditions qui nous semblent évidentes de propreté, de soins, de bien être et d’amour.

Mais à la lecture des dizaines de mots de félicitation et d’encouragement sur FB il m’apparaît que PERSONNE ne peut comprendre ce que vit réellement Sophie, qui passe ses nuits avec eux, dans leur puanteur, pour les rassurer, qui passe son temps la serpillière à la main, qui voit heure après heure ses vitres griffées, son salon ruiné… Non, il ne suffira pas « d’un bon bain » pour ces malheureux, mais des dizaines d’heures de travail. Qui à part elle ferait cela?

Et ensuite il faudra remettre la maison en état, laver les rideaux et les tapis, peut être les jeter, détacher le canapé en tissu, camoufler les rayures du canapé en cuir, redonner un coup de peinture sur le bas des murs (autant dire repeindre des murs entiers), dire adieu aux objets cassés…. Qui à part Sophie accepterait cela, en plus de continuer les co-voiturages et être présente pour les nombreuses personnes qui contactent Chôc! via FB?

Et malheureusement  les aléas de l’actualité n’aident pas Sophie dans son sacerdoce: les mesures de confinement dues à l’épidémie de coronavirus nous empêchent – Ludivine et moi- d’aller l’aider à toiletter, elle devra seule, tant bien que mal, essayer de tondre et de laver des chiens qui ne connaissent rien de l’hygiène élémentaire, qui ont peur de l’eau, de la brosse et du bruit de la tondeuse….

L « amooooouuuur de la race », le vrai,  il est là. L’amour de la race, c’est mettre de côté tout le matériel, tout son confort,  reporter sine die ses occupations professionnelles ,amicales, familiales (qui pourrait-elle recevoir chez elle qui comprendrait ce qu’elle accepte de vivre?) pour ne penser qu’à donner une vie meilleure à ces chiens déshérités que le hasard à mis sur sa route.

Merci Sophie »

Dernière minute, 17 mars:  Un grand merci au Dr Nouri et au Dr Brignoli de Pont sur Yonne qui ont accepté de stériliser -et du coup, tondre- la petite chienne du gang en urgence, juste avant la prise d’effet des mesures de confinement, car nous ne savions pas si elle était gestante ou non. Il n’aurait plus manqué que la mise au monde de chiots consanguins pour ajouter au difficile quotidien de Sophie... »

 

12 Mars 2020

On vous a déjà parlé de « l’amour de la race »? « Je veux faire reproduire mes chows, c’est par amour de la race »

Ou du « bonheur de faire faire une portée à ma chienne pour qu’elle connaisse le plaisir d’être maman »?

Et bien voici la parfaite illustration de ces 2 concepts mystérieux!

Ces 5 chiens, c’est la SPA de Hirson qui est allée les chercher il y a quelques jours suite à une enquête pour maltraitance. Ils vivaient sur un balcon, au milieu de leurs excréments.

Ah! l’amour de la race… Il nous fait déplacer des montagnes… Nous prenons contact avec le refuge, qui accepte de nous confier les chiens. Aussitôt nous bâtissons notre plan d’action. Il nous faut une FA capable d’accueillir tous les chiens ensemble, et de les garder en quarantaine, on ne sait pas de quels parasites ces chiens tant aimés peuvent être porteurs. Toutes nos FA ont des chiens, mais chez Sophie, Bailey’s et Fidji sont sociables avec tout le monde et elles acceptent bien volontiers de partir en colonie de vacances chez Sylvie, par amour pour leurs congénères. L’amour de la race, encore…

Et hop, à l’aube, Sylvie et Sophie partent chercher les chows à Hirson, pleines d’inquiétude, parce que ces chiens sont totalement désociabilisés… On compte les doigts au départ, 10 chacune, on espère en avoir autant au retour…

Sur place, l’équipe du refuge capture les chows sans dommage corporel, malgré quelques tentatives de rébellion… Quelques frayeurs…. Merci à eux, et à leur amour des animaux!
A chaque capture, on lit la puce, et on essaye de deviner s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle. Et oui, on en est là,! les chiens sont tellement sales et leurs corps si emprisonnés dans une carapace de poils collés par des choses auxquelles nous préférons ne pas penser, qu’on ne peut deviner en les regardant si ce sont des mâles ou des femelles.

On repart du refuge, existe-t-il des boules Quiès pour le nez? A partir de cet instant de votre lecture, nous voulons que vous imaginiez qu’une odeur aigre pénètre vos sinus:  l’odeur de l’amour de la race.

3h30 de route pour rallier Chartres, on va ouvrir les fenêtres des voitures pour ne pas finir asphyxiées… Et enfin, ils arrivent à destination! La descente des véhicules se fait sans dommage, les petits sont contents de pouvoir se dégourdir les pattes, ils se laissent enlever harnais et laisses, et arrivent dans le jardin! Nous avons toujours 10 doigts chacune et nous aimons toujours la race!

Le gang des 5 prend vite possession de son nouveau territoire, jardin maison… Certains avec plus d’hésitations que d’autres. Mais très rapidement, nos 5 terreurs se détendent, une boite de Vache qui Rit entière y passe, quelques saucisses cocktail aussi.

 

Rapidement, nous évaluons les dégâts. En vrac: otites, lésions cutanées visibles sous la crasse, les femelles sont-elles pleines, propreté pas acquise, traces de morsures, marche en laisse non plus -évidement, sont-ils même un jour sortis de leur balcon avant que la SPA ne s’en mêle? C’est donc ça l’amour de la race!

Alors de grâce, vous qui vous apprêtez à acheter un chiot…   Pensez aux parents de ce chiot… Quelles sont ses conditions de vie? A qui allez vous donner quelques billets pour ce chiot mignon? A quelqu’un qui aime la race?

Le papa

Dans les jours qui viennent, nos 5 gangsters iront voir le vétérinaire, recevront des vaccins, seront stérilisés, tondus, soignés pour leurs divers bobos, vermifugés, traités contre les puces, et NOURRIS et hébergés au chaud dans une maison. Oui parce que par amour pour la race, nos FA font tout ça.